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Source: Sports Illustrated

Auteurs: Zhang Lei, Hong Anqi, Huang Chenqian de la Revue Illustrée du Sport

Qui sont-ils? Passants, constructeurs, ou juste des gens qui poursuivent leur vie? Comment imaginent-ils les jeux olympiques qu'ils sont en train de construire? Le 18, 21, 22 juillet, nos journalistes stagaires de la Revue Illustrée du Sport ont visité les chantiers des stades olympiques, le village olympique et les alentours. Nous donnons la parole aux 57 ouvriers de la construction des chantiers olympiques.

"Nous venons tous de Henan", dit Yang Baolin (Henan, 44 ans).

Parmi les 57 participants, 32 personnes viennent de la province de Henan, les autres ouvriers viennent d’autres provinces : Fujian, Sichuan, Hebei, Hunan, Jiangsu, Hubei, Chongqin, Anhui et Guizhou. La plupart des ouvriers sondés travaillent pour les stades olympiques (30 personnes) et le village olympique (14 personnes), les autres travaillent pour le musée scientifique, Axe Centrique Olympique et le parc Olympique.

"Je gagne mille yuans par mois, je ne peux toucher le salaire qu'à la fin de l'année. Je suis marié depuis 4 ans, je ne peux pas avoir d'enfant, c'est trop cher." dit Hu Yaowu (Hebei, 28 ans)

La somme du salaire et les modes de paiement sont très différents selon les sous-traitants de constructeurs et le poste qu'il occupe.

Les chantiers pour les jeux olympiques sont gigantesques. Les travaux sont sous-traités à plusieurs constructeurs. Ceux-ci sous-traitent encore aux différents petits sous-traitants. ainsi dans le même chantier, pour le même constructeur, les conditions de travail sont complètement différentes. Quelques ouvriers se plaignent de ne pas avoir touché leurs salaires depuis une cinquantaine de jours, les heures supplémentaires ne sont jamais payées, alors que d’autres pense pouvoir toucher régulièrement leurs salaires.

Les salaires sont calculé selon les jours de travail, 54,4% des ouvriers interrogés touchent 40 à 60 Yuans (4 à 6 euros) par jour; 5 personnes touchent 70 à 80 Yuans (7 à 8 euros) par jour, 5 personnes touchent au dessus de 80 yuans par jour (8 euros), une personne est rémunérée en dessous de 40 yuans (4 euros) par jour. Parmi les 57 ouvriers sondés, 15 personnes ne savent pas combien ils recevront dont une personne en repos pour l'accident du travail qui ne sera pas payée.

En ce qui concerne la période de paiement, 18 ouvriers répliquent que leurs recruteurs s’engagent à régler régulièrement par mois. 20 personnes répondent que le règlement est à la fin de l'année. 4 personnes disent que le réglement se fait tous les 3 mois. Les autres ne savent pas quand est-ce qu'ils peuvent avoir leurs salaires. La plupart de ces ouvriers interrogés, manquants d’ancienneté, sont dans l'incertitude de pouvoir être rémunérés. Pour ceux qui prévoient leurs salaires dans un an, avec seulement 6 mois d'ancienneté maximum, ils ne connaissent pas la situation dans un an. Parmi ceux qui ont la période de paiement d'un mois, seulement 16 personnes ont passé 1 mois dans le chantier, dont 5 personnes qui n'ont pas eu leurs salaires au moment prévu. Le reste des ouvriers questionnés sont arrivés il y a à peine un mois. Mais, la plupart des travailleurs peuvent avoir un acompte de 100 à 300 yuans (10 à 30 euros) pour leur "frais quotidiens".

"Dans le chantier, il n'y a pas de congé officiel." répondit Wu Weiguo (Henan, 37 ans)

Parmi les travailleurs enquêtés, plus de la moitié travaillent plus de 10 heures par jour. Pas de congé, pas de week-end, le règlement stipule "sans paiement si arrêt de travail". Sauf vraiment malade ou obligé, ils travaillent tous les jours.

"Il nous suffit de remplir le ventre." dit Liang Xiangyu (Sichuan 42 ans)

27 personnes interrogées répondent être satisfaites de leur nourriture. 2 ouvriers d'origine de Fujian, disent s’habituer à la cuisine - le cuisinier venant de leur région. 9 personnes ne sont pas satisfaites de la cuisine, les raisons sont différentes: "quantité insuffisante", "la cuisine n'est pas bonne", "il n'y a pas d'autre choix", "pas assez huilé", "tellement salé qu'ils ne peuvent pas finir leur repas". Certains se plaignent du tarif des repas, car ils doivent payer pour manger au chantier, "un plat chaud coûte 6 à 7 yuans, il parait que le tarif vas encore augmenter, on ne mange pas à sa faim." Certains concluent: "Ce qu'on mange est pour les sous-hommes." les autres 19 personnes acceptent faute de mieux.

Pour l'hébergement, ils sont tous d'accord, "Il nous suffit d'avoir une place pour dormir", malgré que ce soit mal aéré, par fois 30 personnes dans la même pièce.

"Je suis allé la place Tiananmen, je me suis rendu à l'Université de Beijing et Qinhua, j’ai fait un tour et j’y ai imaginé mon enfant." dit Lü Ketao (Anhui, 37ans)

En ce qui concerne les loisirs, les ouvriers n'ont pas beaucoup de temps libre, leur consommation est très limitée. Souvent le soir après dîner, ils se promènent aux alentours. Les travailleurs qui habitent dans le district de service de construction, ils peuvent aller au cinéma de plein air gratuit, ou alors aller à la bibliothèque de l'école du soir destinée aux travailleurs migrants pour lire ou surfer sur internet. A part cela, ils passent leur temps en écoutant le radio ou musique, en jouant aux cartes, en discutant, en regardant la télé, ou dormir.

Pour tous les ouvriers, l'endroit le plus visité est la Place de Tiananmen.

"Depuis mars j'ai quitté ma maison, j'ai pas eu de relation sexuelle. Je m’y suis habitué, car je travaille comme ça depuis déjà 6 ans."

Au sujet de la vie sexuelle, 15 personnes répliquent que "C'est pour le travail qu'ils quittent leurs provinces, donc ils n'y pensent pas." Certains se disent trop jeunes (moins de 22 ans), certains sont trop âgés (plus de 40 ans) pour avoir une vie sexuelle. 2 personnes avouent implicitement qu'ils veulent aller voir les prostituées s'ils peuvent en trouver. "Je fais 3 ou 4 fois par mois", "Si je vous dis que je ne suis pas allé voir les filles, vous ne me croirez pas." Une personne refuse de répondre à cette question, une personne rentre à la maison une fois par mois pour régler ce problème. le reste de 38 personnes disent qu'ils se masturbent ou se supportent.

Pour les ouvriers mariés, la dernière relation sexuelle, remonte au jour ou ils ont quitté leur maison. Pour ceux qui ne veulent pas aller voir les prostituées, c'est par crainte de la maladie sexuelle, ou trop couteux, ou se sentent coupable vis à vis de leurs femmes.

"Je suis maintenant handicapé." dit Liu Jiafu (Sichuan 55 ans)

22 ouvriers interrogés n’ont jamais été malades dans le chantier. Parmi ceux qui ont été malades, 11 personnes sont allés eux mêmes directement à la pharmacie pour acheter des médicaments, 14 personnes ont choisi le dispensaire du district de service, 5 personnes se sont rendus à l'hôpital. Les frais sont à leurs charges. 5 personnes ont supporté la maladie ou se sont soignés eux mêmes.

77,2% d’ouvriers interrogés disent n’avoir jamais été blessés dans le chantier, parmi 12 ouvriers qui ont été légèrement blessés, seule 2 ont été soignés, dont un ouvriers blessé a été soigné à la charge de l'employeur. Liu Jiafu est gravement blessé le 9 mai 2007 au chantier du musée scientifique, il a été opéré à la jambe et à la poitrine. Les frais d'opération ont été payés par le patron, mais celui-ci est disparu ne donnant aucun signe dès qu'il est sorti de l'hôpital. Les journalistes ont découverts que la plupart des ouvriers ne sont pas couverts par l'assurance, certains n'ont même pas de contrat de travail.

"'Nid d'oiseau' est le stade principale olympique, je sais que son concepteur est celui de l'Aéroport de Charles De Gaulle de France."dit Liu Dianyu (Henan 26 ans)

Parmi les ouvriers interrogés, 24,6% ne savent pas à quoi sert le bâtiment qu'ils sont en train de construire. Lao Li (45 ans Henan) dit: "On obéit, c’est tout." Dai Xin (19 ans) dit: "On n'a pas besoin de savoir la fonction de ce bâtiment, on fait le travail, il nous paye, je suis déjà content." Zhuang Meihuan (Hunan): "Comment je peux savoir, je suis un simple manoeuvre."

Pour l'ouverture des jeux olympiques, 30% des ouvriers sondés ne connaissent pas la date exacte, certains disent que ce sera pour le juillet de l’année prochaine, ou août. l’un dit "Jeux olympique à Pékin? Il me semble que j’en ai entendu parler." Quand le journaliste leur a raconté que les jeux olympiques se dérouleront à Pékin l'année prochaine, Nie Famin (44 ans) a répliqué:"ah, ça, je ne peux pas participer, je ne suis pas sportif."

"Je connais Liu Xiang (athlète), il est chanteur non?" demande Li Zhiying (Henan 49 ans)

Les médias chinois parlent des jeux olympique populaires, mais pour les ouvriers migrants, ce n'est qu'un château en Espagne.

Le journaliste a cité 6 personne connus, Jacques Rogge, Samaranche, Yao Ming (joueur de basket ball), Guo Jinjin (plongeon), Wang Fei(chanteuse), Yang Yuyin (chanteuse), pour savoir la popularité dans ce le milieu des ouvriers migrants. 40% des ouvriers sondés connaissent Yao Ming et sa spécialité. Mais certains disent qu'il est chanteur ou joueur de Ping-pong. 18% connaissent le nom de Guo Jinjin, mais pensent qu'elle est chanteuse, sportif de gymnastique, ou joueuse de volley-ball... Plus de la moitié connaissent les 2 chanteuses Wang Fei et Yang Yuyin. Seulement 10% connaissent Rogge et Samaranche.

La plupart des ouvriers connaissent Liu Xiang, ils savent qu'il est un joueur de course, mais très peu parmi eux savent qu'il pratique la course de haie.

"J'espére que ce soit CHOW Yun Fat qui allume la flamme olympique." dit Lu Weiping (Henan, 35 ans)

Comment imaginent-ils l'ouverture des jeux olympiques?

Sur la chanson olympique, 30 ouvriers s'expriment, "Je ne sais pas, ça ne me concerne pas." Un ouvrier réclame que la chanson olympique devrait être chantée par les ouvriers qui construisent le stade.

Sur la cérémonie d'allumage de la flamme olympique, 2 personnes disent qu'ils ne connaissent pas la cérémonie. En ce qui concerne le dernier relayeur de la flamme olympique, 8 personne proposent le Président Hu Jintao, 9 personnes se présentent leurs candidatures ou désignent leurs collègues. CHOW Yun Fat est aussi dans la liste des candidatures que les ouvriers proposent.

23 personnes n'ont aucune idée sur les spectacles pendant la cérémonie d'ouverture.

"On regardera quoi qu’ils jouent." Un bon nombre d’ouvriers ont envie de voir NBA, le Plongeon et le Boxing pendant la cérémonie d'ouverture.

Quand on pose la question sur l'élégance, les ouvriers semblent manquer d'imagination. Ils préfèrent le sujet du tarif des légumes ou du salaire.

"Les jeux olympique, sont pour les riches. Je n'ose même pas y penser. Je suis déjà content de les voir à la télé." dit Zhu Wanming (Sichuan, 30 ans)

Quand on demande où seront-ils lors du déroulement des jeux olympiques? 36,8% des ouvriers ne le savent pas. 26,3% des ouvriers pensent qu'ils pourront rester à Pékin ou ont envie de rester à Pékin. 18% des ouvriers vont là où le travail les conduit, 18% pensent qu'ils seront à la maison.

Seulement 3 personnes ne veulent pas voir les jeux olympique. Pour ceux qui veulent voir les jeux, 31,5% sont soucieux de leur situation économique, leur droits de résidence, ou l'accessibilité des jeux, ils pensent que même s'ils auront envie de les voir, ils n'en ont pas les moyens, sauf par la télévision.